France-Allemagne

Anne Tallineau, secrétaire générale de l’Ofaj

« Nous nous montrons aussi aidants que possible »

Conseillère pour la culture au ministère et Affaires étrangères, puis, à compter de 2014, directrice générale déléguée de l’Institut français, Anne Tallineau a consacré l’essentiel de sa carrière aux échanges culturels franco-allemands.

Anne Tallineau

Nommée en janvier 2020 secrétaire générale de l’Office franco-allemand pour la Jeunesse (Ofaj) aux côté de son homologue allemand Tobias Bütow, elle promeut le Fonds citoyen franco-allemand, qui constitue depuis avril dernier un nouvel outil de coopération franco-allemande.

L’Ofaj a annoncé le 16 avril 2020 le lancement du fonds citoyen franco-allemand. Pourquoi avoir choisi cette date, en pleine période de confinement tant pour la France que pour l’Allemagne ?

Le Fonds citoyen figurait parmi les projets du traité d’Aix-la-Chapelle acté en 2019. Il était initialement question de le lancer début avril 2020. Compte tenu de la crise, nous avons d’abord envisagé de différer le lancement, puis nous avons choisi de le maintenir à cette date. Durant cette période de confinement, il nous a paru utile d’inventer de nouveaux formats de rencontres et d’échanges. Qu’il s’agisse de diners en ligne ou d’échanges, nous avons mis l’accent dans un premier temps sur les projets numériques.

En moins de deux semaines, nous comptons déjà une cinquantaine de contacts. Les premiers projets s’inscrivent dans le cadre des villes jumelées : nos interlocuteurs cherchent des partenaires pour coopérer dans les domaines de la musique, de photo ou encore, des arts martiaux, pour aider les femmes à lutter contre la violence.

Quels objectifs poursuivez-vous en lançant ce fonds ?

Lorsque le Fonds a été conçu, il devait servirdeux objectifs majeurs : renouveler les jumelages, qui ont fait la preuve de leur vivacité et de leur utilité jusque dans la crise sanitaire que nous vivons aujourd’hui, et amener vers le franco-allemand une frange de la société civile et de nouveaux acteurs. Au-delà des jumelages, nous souhaitions nous adresser à une grande diversité d’acteurs comme ceux de l’économie sociale et solidaire ou les fondations. Il s’agissait aussi d’appréhender un spectre large de thématiques incluant entre autres, la culture, le sport ou la citoyenneté.

Bien sûr, la crise actuelle nous interroge : comment  faire l’Europe quand les frontières sont fermées ? A nous d’inventer de nouveaux formats innovants et modernes. Nous devons développer les modes d’interaction numérique pour répondre à la crise économique majeure qui s’annonce et aux priorités du jour d’après : la solidarité entre génération, l’emploi, le développement durable… Le Fonds citoyen peut y contribuer.

Quelles conséquences la crise du Covid-19 présente-elle sur les autres activités de l’Ofaj ?

L’une de nos premières missions est de favoriser la mobilité des jeunes. Depuis sa création en 1963, l’Ofaj a permis à plus de 9 millions de jeunes de France et d’Allemagne de participer à 360 000 programmes d’échanges. Nous espérons atteindre les 10 millions de mobilités en 2023, quand nous célébrerons le 60ème anniversaire de l’Ofaj. Nos objectifs pour 2020 sont évidemment remis en cause puisque tous les échanges physiques ont été suspendus. A la rentrée prochaine, nous ne retrouverons pas la situation telle que nous l’avions laissée en mars dernier. Là encore, il faudra prendre en compte le développement numérique pour nous renouveler dans l’accomplissement de nos missions.

Le secteur de la culture est particulièrement affecté par la crise. L’Ofaj peut-il contribuer à atténuer ses difficultés ?

Nos moyens ne sont certainement pas à la mesure des besoins qui s’annoncent, puisque le secteur de la culture est touché de plein fouet par la crise sanitaire. Mais nous montrons aussi aidants que possible, par exemple, en ne demandant pas le remboursement des projets annulés.

Nous allons lancer un appel  à projets pour de petits projets simples à monter, notamment grâce aux développements numériques. Le Fonds citoyen peut aussi soutenir certains projets culturels.  Nous sommes très préoccupés par l’annulation de certains de nos projets-phares, tels le festival Perspectives ou l’atelier d’éducation à l’image prévu dans le cadre de la Semaine de la critique du festival de Cannes. D’autres manifestations conservent toute leur raison d’être, comme une rencontre franco-allemande sur les pratiques culturelles que nous organisons en partenariat avec la Maison de la Rhénanie-Palatinat à Dijon ou le Congrès des associations de l’Education artistique prévu à Bordeaux en mai 2021, auquel nous devrions participer à Bordeaux en mai 2021. La culture constitue un lien essentiel entre les jeunes et fait partie de la raison d’être de l’OFAJ.

Dans les zones frontalières, le Covid-19 semble avoir affecté l’amitié franco-allemande, tant à cause de la fermeture des frontières que par les réactions de rejet qu’il a entrainées. Vous inquiétez-vous de ces reculs ?

La fermeture des frontières a été un recul pour tout le monde. Il a été plus fortement ressenti  dans les régions frontalières, où le sujet reste sensible. Les réactions individuelles exacerbées quand les gens se sentent menacés sont universelles. Mais il ne faut pas oublier les voix qui se sont élevées pour appeler à la solidarité. Les frontières vont rouvrir et ces régions auront besoin d’un engagement particulier pour maintenir les liens et  déconstruire les clichés. Ce qui s’est passé constitue une raison de plus de coopérer. Si une nouvelle épidémie venait à se déclarer, il faudrait la gérer autrement.

Propos recueillis par Pascale Braun -  28 avril 2020

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