Rhin supérieur – Grande Région

Sonia Lavadinho

« Un patchwork de pays où la diversité engendre une grande richesse »

Fondatrice de l’agence d’urbanisme suisse Bfluid, spécialisée dans la prospective et l’expertise en mobilité et en développement territorial, Sonia Lavadinho orchestre depuis avril dernier la concertation sur la mobilité lancée par la métropole du Grand Nancy. Experte reconnue au Canada, en Amérique latine et en Europe, elle pose son regard d’anthropologue sur les pôles frontaliers de la Grande Région et du Rhin supérieur.

Sonia Lavadinho

Les lisières sont fertiles

Le bassin versant du Rhin constitue le plus grand corridor d’Europe depuis le paléolithique. Aujourd’hui encore, il forme l’une des plus grandes concentrations de passage d’humains et de fret. En termes de mobilité, le grand enjeu est celui de la transversalité : il est plus facile de le descendre que de circuler de part et d’autre d'un fleuve qui fait office de frontière. De nos jours, le patchwork de pays qui compose ces espaces ne favorise pas la gouvernance, mais cette diversité a généré une grande richesse. Du nord au sud, des villes-Etats comme Luxembourg ou Bâle ont su tirer parti de leur position sur les lisières, qui sont toujours des espaces fertiles.

S’amarrer à ses différences

Les territoires qui composent ces espaces sont foncièrement différents. L’enjeu n’est pas de les couturer, mais de les connecter les uns aux autres sans gommer les différences. L’agglomération de Bâle constitue un exemple parfait de coopération tripartite bien orchestrée depuis trente ans. Les relations sont complexes, mais les frontières sont fluides et la continuité des transports y est assurée jusque dans la tarification. Cet exemple inspire aujourd’hui l’agglomération de Strasbourg-Kehl. L’intégration est par contre bien moins avancée à la frontière luxembourgeoise.

Connecter les villes moyennes

La France n’a longtemps réfléchi qu’à la manière de connecter entre elles ses métropoles. En Suisse, au contraire, la stratégie territoriale veille à permettre aux villes moyennes et aux villages de se mettre en réseaux. Des élus vosgiens  organisent des voyages d’études  en Suisse pour s’inspirer de ce modèle qui permet de se connecter de proche en proche sans rupture de charge. En Suisse, en Allemagne ou aux Pays-Bas, de nombreux territoires sont suffisamment connectés pour être accessibles à pied, en vélo ou en transport en commun sans avoir besoin de voiture. En France, le corridor Est est plutôt bien irrigué mais l’automobile capte l’essentiel des réseaux. On n’y trouve pas ces réseaux de routes « blanches » réservées aux cyclistes, aux piétions, aux cavaliers ou aux véhicules agricoles. Les riverains peuvent y circuler en voiture, mais la circulation de transit n’y est pas autorisée.

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