Grande Région - Rhin supérieur

Les agences d’urbanisme, trait d’union de l’aménagement transfrontalier

Dans la région la plus frontalière de France, la majeure partie des 7 agences d’urbanisme regroupées au sein du 7Est ciblent leurs études et prospectives vers les pays voisins. En Lorraine, l’Agape, l’Aguram et la Scalen se focalisent sur la métropolisation du Luxembourg tandis qu’en Alsace, l’Adeus embrasse les trois composantes du Rhin supérieur.

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Centre commercial Waves à Metz. Copyright Comité national français de géographie.

Officiellement désignées comme relais des coopérations transfrontalières dans le code français de l’urbanisme, les sept agences du Grand Est – l’Agape dans le nord lorrain, l’Aguram à Metz, la Scalen à Nancy, l’Adeus à Strasbourg, l’Afut en Sud-Alsace, l’Aududrr à Reims et dans une moindre mesure, l’AUCD à Châlons-en-Champagne exercent leur veille de manière différente.  Dans la Grande Région, les trois agences lorraines se focalisent sur l’incidence de la métropolisation du Luxembourg. En Alsace, l’Adeus affiche dans son nouvel intitulé : Agence d’urbanisme de Strasbourg – Rhin supérieur – une vocation trinationale. Ces deux pôles travaillent préparent des documents ambitieux qui formaliseront les enjeux d’aménagement transfrontaliers.

Un schéma franco-luxembourgeois

En pointe en matière de coopération avec le Luxembourg depuis un quart de siècle, l’Agape, qui regroupe une soixantaine de communes et d’intercommunalités du nord lorrain, a pris acte de l’annonce, en novembre dernier, de la proposition conjointe formulée par Marie-José Vidal, coordinatrice générale au ministère luxembourgeois de l'Aménagement, et de Philippe Deschamps, sous -préfet de Thionville, d’édifier un schéma d’aménagement transfrontalier. Ce document s'inscrit dans le cadre du Comité de Coordination du Développement Territorial (CCDT) de la Grande Région, qui a pour mission de suivre et de coordonner les travaux relatifs à l'aménagement du territoire.

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Julien Schmitz, directeur de l’Agape. DR

« Ce document doit permettre de définir une armature du nouveau territoire pour savoir où installer les nouveaux habitants de l’espace transfrontalier. Côté luxembourgeois, le ministère attend ces données pour alimenter son Programme directeur d’aménagement du territoire », souligne Julien Schmitz, directeur de l’Agape.  

Des échelles plus fines

Ce point essentiel devrait être abordé lors de la prochaine conférence intergouvernementale franco-luxembourgeoise… dont nul ne connait encore la date et l’ordre du jour.

En attendant, les trois agences lorraines renforcent leur coordination pour thématiser plus finement la problématique transfrontalière en mobilisant les données de trois Schéma de cohérence territoriale » (Scot) du sud de la Meurthe-et-Moselle, de l’agglomération messine et de Thionville. L’Agape et l’Aguram se préparent ensemble à la prochaine fusion des communautés d’agglomération de Thionville et du val de Fensch qui constitueront dès l’an prochain la deuxième intercommunalité e Moselle avec 150.000 habitants accolés à la frontière luxembourgeoise.

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Régis Brousse, directeur de l’Aguram. DR

« Notre rapprochement nous permettra de fournir à nos élus des réponses complémentaires à une échelle plus fine », estime Régis Brousse, directeur de l’Aguram depuis juin dernier.

L’agence messine a consacré son dernier Observatoire territorial transfrontalier, paru en décembre 2024, au marché du travail et aux métiers en tension en Lorraine nord et au Luxembourg. Cette problématique révèle des complémentarités, mais aussi des concurrences entre fonctions métropolitaines au Luxembourg et en Lorraine. « Sur la question spécifique des cadres de santé, cette concurrence e est amplifiée par un contexte de désertification. Lorsqu’un professionnel messin doit choisir entre le Luxembourg ou Nancy, les collectivités lorraines doivent savoir quels leviers actionner pour l’inciter à rester – sans pouvoir utiliser celui du salaire », souligne Julien Schmitz.

Les conséquences de la métropolisation du Grand-Duché touchent désormais Nancy, mais aussi la Sarre, qui s’inquiète de devenir une terre de transit que les mosellans traverseraient sans s’arrêter pour rejoindre le Grand-Duché.

Le projet du Rhin supérieur

En Alsace, l’Adeus s’implique en priorité dans la rédaction du « Projet de territoire du Rhin supérieur » qui doit doter l’espace franco-germano-suisse d’un guide commun des politiques de planification. Les thèmes abordés vont de l’offre foncière au climat en passant par les mobilités, l’économie, les énergies, la la culture ou encore, le « système urbain »  qui détermine l’articulation entre les grandes et les petites villes.

L’Adeus apporte son expertise de rédaction de tels ouvrages et a recueilli l’avis des territoires de la partie françaises découpés selon le « Schéma de cohérence territoriale » (Scot) français de sorte à tirer des visions communes à ces 15 Scot.

La Conférence du Rhin supérieur, qui pilote ce travail à travers son groupe aménagement du territoire, doit adopter mi-mai la version finale du document, appelé à remplacer le « Cadre d’orientation » du Rhin supérieur remontant à plus de 20 ans.

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Pierre Laplane, directeur général de l’Adeus. DR

« Il a été vite constaté que la simple juxtaposition des documents d’urbanisme propres aux trois pays ne fonctionnait pas et qu’il fallait viser, même si c’est ambitieux, de produire une vision partagée à l’échelle du Rhin supérieur », relate Pierre Laplane, directeur général de l’Adeus.

L’agence a capitalisé sur le projet MoRo, un exercice original de recherches faisant appel au jeu de voies de coopération et de synergies entre zones d’activités de part et d’autre du Rhin. L’exercice lui a permis de se glisser dans les méandres des non-concordances dans la planification des trois pays et ainsi jouer un « rôle de facilitateur » dans la préparation du Projet de territoire trinational.

En matière de mobilités transfrontalières, elle se penche actuellement sur le pont de l’Europe Strasbourg-Kehl en prévision du chantier de sa reconstruction au début des années 2030. Elle a produit en mars dernier une note sur 20 ans d’évolution du trafic sur l’ouvrage qui enjambe le Rhin. L’Adeus est également partie prenante depuis près de deux ans du projet Interreg Clim’Ability, sous l’angle en particulier de l’impact du changement climatique sur les terrains du port de Strasbourg.

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