Luxembourg - Grande Région

Travail au Luxembourg : La motivation des travailleurs menace de s’essouffler

Ce 15 juin, la chambre des députés luxembourgeois a adopté le pacte de solidarité proposé par une commission tripartite. En contrepartie d’un gel de l’index durant neuf mois, les résidents et frontaliers à faibles revenus percevront une aide directe de 84 euros par mois. Cet accord espère éviter la crise économique, mais la crise sociale due à la pauvreté et à la pénurie de main d’œuvre reste latente.

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© André Faber

Après huit semaines de négociations tendues, la chambre des députés luxembourgeois a adopté par 52 voix contre 8 le pacte de solidarité proposé par la Tripartite pour juguler les conséquences d’une inflation galopante. L’index, qui ajuste automatiquement les salaires à l’inflation dès que celle-ci dépasse 2,5 %, sera déclenché de manière « fictive » dès juillet prochain pour une durée de neuf mois. Son versement interviendra au plus tôt en avril 2023, tandis que l’office statistique grand-ducal Statec prévoyait une nouvelle tranche dès juillet prochain. La dernière revalorisation est intervenue  le 1er avril dernier. Les représentants des entreprises assuraient ne pas être en mesure d’assumer deux, voire trois index consécutifs en un an. A titre de compensation, le gouvernement accordera aux salariés, apprentis et retraités présentant les revenus les plus faibles une aide directe défiscalisée de 84 euros par mois.

Gille Baum

© DP

« Cette mesure, qui règle tout ce qui pouvait l’être en terme de pouvoir d’achat, coûtera 530 millions d’euros d’ici au 1er avril prochain. Nous sommes au bord d’une crise économique qui risque de durer. Le covid nous a enseigné qu’il valait mieux intervenir en amont des crises pour éviter les faillites et le chômage », estime Gille Baum, chef de file du Parti démocrate à l’Assemblée et président de la commission.

La tripartite de la discorde

La constitution d’une tripartie indique à elle seule l’inquiétude du gouvernement face à une inflation que le Statec chiffre à 6,8 % entre janvier et mai. Créé à la fin des années 70 à l’occasion de la crise de la sidérurgie, cet outil institutionnel associe l’Etat, le patronat et les syndicats à la cogestion des situations d’urgence. Pilier du modèle social luxembourgeois aux côtés de l’index et du salaire social minimum, la tripartite conforte d’ordinaire la cohésion nationale. Mais en l’occurrence, 140 heures de négociations communes et bilatérales ont échoué à construire le consensus. Premier syndicat du pays, l’OGBL a refusé de signer le pacte de solidarité et a même organisé une courte manifestation devant le Parlement lors de l’adoption du Pacte.

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© OGBL

« Nous demandions une concertation autour des questions fiscales, sociales et de logement. Le gouvernement a refusé de discuter de ces sujets et s’est focalisé sur l’index, qu’il souhaitait même, dans un premier temps, remettre en cause jusqu’en 2024. Or, l’index est très important au Luxembourg. A défaut, les négociations collectives qui s’ouvriront cette année seront beaucoup plus compliquées », prévient Jean-Luc De Matteis, membre du bureau exécutif de l’OGBL

Certes, l’économie luxembourgeoise reste prospère. Le Statec annonce pour le premier trimestre 2022 une progression du PIB de 4 % par rapport au premier trimestre 2021. Avec un salaire social minima de 2.313 euros bruts pour un travailleur non qualifié et de 2.776 euros bruts pour un travailleur qualifié, les salariés luxembourgeois pourraient faire figure de privilégiés. Mais la cherté de la vie, et tout particulièrement du logement sont tels que les minimas sociaux correspondent à quelques dizaines d’euros près au seuil de pauvreté. 

Résidant, par définition, en dehors du Luxembourg, les 212.000 frontaliers, dont une moitié de français, échappent au renchérissement des loyers, qui, au Grand-Duché, augmentent de près de 15 % par an depuis 2020. Mais l’augmentation des prix de l’essence, conjugué à la hausse des prix de l’immobilier sur toute la bande frontalière et aux bouchons massifs matin et soir, restreignent l’intérêt financier du travail frontalier. 

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© OGBL

« Jusqu’à présent, les frontaliers étaient heureux de pouvoir travailler au Luxembourg. Mais pour les 10 prochaines années, le modèle paraît plus incertain.  Compte tenu des conditions de travail et des conditions de vie, est-ce toujours le bon chemin ? Il y a des débats en interne », témoigne Saïd Bouressam, président de la section des frontaliers français de l’OGBL.

Publié début juin, une enquête de la Chambre des salariés du Luxembourg dénote un net recul de la satisfaction générale par rapport au travail, passé entre 2014 et 2021 de 62 à 49 %. La part des insatisfaits progresse quant à elle de 10 % depuis 2018 et se situe aujourd’hui à 17 %. Les frontaliers français, belges et allemands interrogés sont 18 % à se déclarer « très faiblement satisfaits » (contre 16 % des résidents) et 45 % à se considérer « très  satisfaits », contre 51,8 % des résidents. De plus en plus tributaire des frontaliers pour maintenir sa croissance – qui se montait l’an dernier à près de 7 %, le Grand-Duché tiendra peut-être compte de ces signaux faibles.

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