Alsace – Allemagne

Le Struthof, une mémoire à perpétuer au-delà de la frontière

La phase de restauration qui s’ouvre pour le camp nazi d’Alsace rappelle que le site fut la tête d’un réseau concentrationnaire de plus de 50 sites de part et d’autre du Rhin.

Struthof visites

La coopération transfrontalière vit aussi de la capacité à surmonter les blessures du passé. De ce point de vue, le Struthof occupe une place particulière. Unique camp de concentration installé par les nazis sur le territoire français, de 1941 à 1955 dans l’Alsace qu’ils avaient annexé, le site de sinistre mémoire à Natzwiller (Bas-Rhin) se trouvait en tête d’un réseau ignorant les frontières, malheureusement pour une cause ignoble.

Label du patrimoine européen

La perpétuation et l’entretien de la mémoire de cette « nébuleuse concentrationnaire » autour du Struthof, comme des historiens l’ont nommée, ont bien été cultivées à une échelle binationale. La structure d’accueil du site, le Centre européen du résistant déporté (CERD), a noué un partenariat avec le Verbund der Gedenkstätten im ehemaligen KZ-Komplez Natweiler (VGKN, réseau des lieux de mémoire de l’ancien complexe concentrationnaire de Natzweiler). Avec succès, ils ont déposé en 2018 leur candidature commune au Label du patrimoine européen. Le Struthof et 14 de ses annexes constituent le premier dossier transnational à avoir décroché la distinction.

C’est dire si les travaux qui s’engagent pour la restauration de plusieurs éléments du Struthof concernent largement les voisins allemands. Ceux-ci  forment d’ailleurs une part importante de la fréquentation du site : environ 50.000 sur les 200.000 visiteurs enregistrés en 2019 dernière année d’avant-Covid, en grande majorité des scolaires.

Guillaume d’Andlaun

© CERD-Struthof

« 45.000 scolaires étaient venus du Bade-Wurtemberg il y a deux ans. Les Allemands constituent la première catégorie des visiteurs étrangers qui représentent 40 % du total, suivis des Suisses, des Belges et des Néerlandais », détaille Guillaume d’Andlau, directeur du CERD.

Baraque cuisine struthof

© CERD-Struthof

Les réaménagements prévus sur trois ans représentent un budget de 4 millions d’euros de travaux, pris en charge par le ministère des Armées, propriétaire du site. Principalement, ils transformeront en espace muséographique d’une part la  baraque « cuisine » qui servait aux ersatz de repas, d’autre part le bâtiment qui abritait la chambre à gaz vouée à de pseudo-expériences scientifiques raciales. Ils suivent une première phase de restaurations qui a concerné depuis cinq ans le mémorial érigé en 1960, la nécropole qui rassemble les restes de  plus de 1.000 déportés morts dans d’autres camps (Mathausen, Dachau…), les miradors et les deux autres baraquements qui subsistent de l’origine du camp.

Recherche d’équilibre

« Chaque intervention est soigneusement pensée avec les services de l’Etat et l’architecte en chef des Monuments historiques, dans le but de trouver l’équilibre adéquat entre faire mémoire, interpréter, expliquer par la pédagogie, faire ressentir des émotions, respecter ou restaurer l’aspect originel », expose Guillaume d’Andlau.

D’autres travaux sont prévus à partir de 2023, dont la construction d’un nouveau parking plus vaste jugée indispensable pour accueillir dans des conditions décentes appropriées au lieu le public venant toujours plus nombreux, « en un moment-charnière » selon le directeur du CERD : celui «  où le site passe de la transmission de la mémoire vivante par les anciens déportés à l’entrée définitive dans le temps de l’Histoire ».

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