Grande Région

A Esch-sur-Alzette, les bombes des artistes font exploser l’art urbain

Capitale européenne de l’Europe en 2022, Esch-sur-Alzette est également depuis près d’une décennie un haut-lieu grand-régional du street art. Les fresques murales qui jalonnent ses murs ont fait école dans une dizaine de villes luxembourgeoises et frontalières.

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Un visage féminin ocre et vert tendre signé TankPetrol rayonne dans la cour de l’école de la Grand-Rue d’Esch-sur-Alzette. Un kiosque bleu ciel revisité par Lisa Juniu tranche sur la verdure du Parc Gaalgebierg. Une libellule coiffée d’un haut-de-forme et une grenouille à casquette se pavanent sur des conteneurs décorés par Alien Welter aux abords de de la réserve naturelle Ellergronn.

Sous les bombes des artistes, Esch-sur-Alzette a vu jaillir des couleurs vives, des images drôles et des portraits touchants. En moins de dix ans, la ville s’est constellée de tableaux géants dont les toiles de fond sont des cours d’écoles, de vieux immeubles ou du mobilier urbain. Répertoriées sous forme de carte interactive, 54 œuvres ont transformé la ville et ses abords en musée d’art moderne à ciel ouvert.

« Ces fresques, je les adore. Certaines sont si belles qu’en voiture, elles me faisaient ralentir ou tourner la tête. Maintenant que les transports en commun sont gratuits, je peux les admirer depuis le bus et je ne m’en lasse pas », témoigne une habitante de Sanem employée à Esch-sur-Alzette.

Ravalement de façade

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Un immeuble revisité par le luxembourgeois Spike au croisement rue Burguard et rue Quartier. © Kufa.

Les fresques qui font aujourd’hui la fierté de la ville sont parties d’un souhait banal du centre culturel KulturFabrik, qui, en 2014, a voulu rafraichir ses murs.

Par un concours de circonstances, ce ravalement de façade s’est mué en projet artistique et urbain municipal, puis transfrontalier,  qui a même failli initier le plus grand circuit d’art urbain du monde.

Alors nouvellement embauché en tant que coordinateur du pôle pédagogique de la Kufa, Fred Entringer a associé à la refonte visuelle des locaux une enseignante souhaitant initier ses élèves au enseignante de la ville souhaite au street art, puis des artistes de passage. A cette période, le  centre culturel européen Pierre Werner, basé à Luxembourg, programmait précisément un colloque sur l’art urbain. Porté par la Kufa, le projet Urban Art a ainsi rassemblé le triptyque sensibilisation à l’art urbain – démarche pédagogique – création artistique qui allait impliquer 125 partenaires institutionnels, 3.500 participants, dix villes et quatre pays au cours des cinq années suivantes.

 

Bousculades

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A l'entrée de la réserve naturelle Ellergronn, l’artiste luxembourgeois Alain Welter représente à sa manière la faune locale. © Kufa.

Les premières fresques exécutées sur les murs de la Kufa séduisent tant par leur esthétique que par leur capacité à stimuler l’enthousiasme et la créativité des jeunes.

Le public afflue, la Ville, d’abord hésitante, accepte d’ouvrir de nouveaux espaces à l’art urbain et les communes limitrophes viennent y voir de plus près.

Villerupt, Thil et Longwy en Lorraine,   Etelbruck, Niederanven et Wiltz au Luxembourg, Trèves en Rhénanie-Palatinat, Herserange en Belgique, confient des bâtiments à des artistes.  L’édition de 2017 de Kufa Urnabn Art marque une apothéose avec un budget de 250.000 euros, dix villes participantes et une myriade de ministères, d’associations et de réseaux d’experts. Les réunions de travail se tiennent dans la salle de concerts de la Kufa, le programme prend la dimension d’un livre et une vingtaine de villes se bousculent au portillon.

Débordée, la Kufa, qui mobilise alors quatre personnes à temps plein sur Kufa’s Urban Art, propose de piloter un projet Interreg V A Grande Région  qui permettrait de formaliser la coopération sous forme de parcours européen de fresques.  Cette dynamique développerait simultanément l’art, l’enseignement et le tourisme dans l’espace frontalier des quatre pays. Mais elle essuie un échec, la commission estimant en substance que le projet n’a pas besoin d’être aidé.

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« La déception a été immense pour les participants. Mais les mois de travail préparatoire nous ont servi à reformuler Urban art sur un mode plus inclusif, plus participatif et plus utilitaire dans le cadre d’Esch2022 », expliquait Fred Entringer en 2019.

Une phase de réflexion

La pandémie survenue quelques mois plus tard a gelé nombre de projets. La septième édition de Kufa Urban Art, qui s’est déroulée entre avril et juillet 2021, a permis des interventions d’artistes nationaux et internationaux, une conférence, une braderie urbaine  et, des rencontres et des visites guidées. Le projet s’est prolongé jusqu’en novembre 2021  avant d’entrer dans une phase de réflexion.

« Nous restons ouverts à des demandes de coopération, mais nous avons arrêté la grande machine du festival. Kufa Urban Art est parti d’un projet totalement spontané. Il risquerait de devenir lassant  s’il se poursuivait sans une réflexion sur ce qui a fait son succès », estime Mateusz Buraczyk, chargé des relations aux publics Kulturfabrik.

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Au rond-point Um Daïch et au début de route de Belval, on admire la fresque "No borders for humans and animals" de l’espagnol Okuda. © Kufa

Artiste, élus et citoyens disposent d’ores et déjà d’un parcours de 54 œuvre pour apprécier les prodiges de l’art urbain et imaginer la manière de faire encore mieux.

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