Un Mur des noms rassemblera les victimes civiles et militaires de la Seconde Guerre mondiale
Première étape de notre dossier sur le Mur des noms, dont le chantier a récemment débuté à Schirmeck. D’ici un peu plus d’un an, cet espace à la fois mémoriel et pédagogique honorera près de 40.000 Alsaciens et Mosellans tués pendant la Seconde guerre mondiale.

Et si faire société dans la mort permettait aux vivants d’enrichir leur compréhension du passé ? Plutôt que d’honorer une catégorie spécifique de victimes, le Mur des noms va réunir au sein d’un même espace les identités de tous les Mosellans et Alsaciens, civils et militaires, tués lors de la Seconde Guerre mondiale (excepté les engagés volontaires dans l’armée nazie), soit près de 40.000 personnes. La première pierre du monument a été scellée le 1er octobre en contrebas du Mémorial Alsace-Moselle à Schirmeck. Annoncé en 2017, le projet, qui devrait aboutir d’ici début 2025, s’est enrichi dans l’intervalle d’une dimension pédagogique.
Un monument d’équilibriste
Une proportion importante des incorporés de force alsaco-mosellans (les « Malgré-nous ») ayant disparu sans laisser ni trace ni sépulture, leurs descendants demandaient depuis longtemps un lieu où pouvoir se recueillir. L’ancienne Région Alsace avait cru bien faire, lorsqu’elle avait proposé d’élargir le projet mémoriel à l’ensemble des victimes, civils et militaires sous uniforme français. La perspective d’un monument où auraient été gravés côte à côte par ordre alphabétique les noms d’individus ayant péri dans des circonstances très différentes avait fait réagir, en particulier les associations d’anciens résistants.

© Frédérique Neau-Dufour, nouvelle responsable de la Stratégie mémorielle de la Région Grand Est.
« La Région a eu le bon réflexe. Elle a décidé de reprendre la copie en associant des historiens. Il est apparu assez rapidement au conseil scientifique que toutes les victimes méritaient un hommage. Notre travail a été d’expliquer qu’il fallait que les raisons des décès soient comprises. Le Mur des noms est ainsi le fruit d’un travail d’équilibriste entre le monument qui rend hommage et l’outil qui apporte de la complexité historique », résume Frédérique Neau-Dufour, ancienne présidente du conseil scientifique et nouvelle responsable de la Stratégie mémorielle de la Région Grand Est.
Hommes et femmes à égalité
Le numérique a paru la solution la mieux adaptée. Le mur gravé s’est ainsi métamorphosé en un bâtiment sur les parois intérieures duquel les noms des victimes seront projetés et défileront, rassemblés selon cinq groupes thématiques (incorporés de force, soldats morts sous uniforme français, résistants, civils, victimes de la Shoah et des persécutions nazies) dans une atmosphère tamisée propice au recueillement. Six bornes permettront de consulter la base de données en ligne sur les victimes compilée depuis plusieurs années par les services régionaux. Elles livreront des éléments de compréhension en français, allemand, anglais et dans une version jeune public ludique. Un panel d’une centaine de défunts disposera de fiches biographiques approfondies et illustrées : « Nous avons essayé de les répartir équitablement entre groupes et entre hommes et femmes. Ces dernières sont souvent oubliées », souligne Frédérique Neau-Dufour. Le projet global, chiffré à 3,7 millions d’euros, est pris en charge à hauteur de 1,7 million d’euros par la Région et 1,6 million par le fonds européen Feder.
Données participatives et évolutives
Les associations mémorielles et les familles de disparus ont participé activement à la conception du projet. « Souvent, les rencontres avec les descendants sont fortes en émotion et nous avons intégré leurs témoignages, lorsqu’ils étaient d’accord. L’attente que l’on sent chez les gens est étonnante. Elle est propre à l’Alsace et à la Moselle, des territoires qui ont été ballottés entre deux pays. Le Mur des noms a fait ressortir l’actualité de ce passé », estime l’historienne, qui, entre autres fonctions, a occupé celles de conservatrice de la Boisserie (la résidence du général de Gaulle, en Haute-Marne) et de directrice du Centre européen du résistant déporté, sur le site du camp de concentration nazi de Natzweiler-Struthof, dans les environs de Schirmeck.
L’équipe de trois historiennes constituée par la Région Grand Est va continuer d’étoffer et de faire évoluer la base de données en ligne, comme le contenu et le nombre des fiches biographiques, au gré des travaux scientifiques et des apports des associations et des particuliers. « C’est un travail de très long terme. Nous collaborons aussi beaucoup avec des institutions comme la Fondation de la Résistance, le Mémorial de la Shoah ou les archives départementales », explique Frédérique Neau-Dufour.
Voisins-Nachbarn vous donne rendez-vous vendredi prochain le 15 novembre pour poursuivre la découverte du Mur des noms sous un angle transfrontalier.
Benoit Zeimett Architecte © www.plasticine.fr