Rhin supérieur

Un Mémorial pour les singularités de la 1ère Guerre mondiale en Alsace

Depuis le Kilomètre zéro à la frontière franco-suisse jusqu’aux sommets des Vosges, les sites mémoriels jalonnent la ligne de front de la 1ère Guerre mondiale, en Sud Alsace. A Dannemarie, un Mémorial évoque la situation singulière d’un bout de territoire passé des Allemands aux Français dès 1914.

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Les premiers cinquante kilomètres de la ligne de front qui relie la Suisse à la mer du Nord pendant la 1ère Guerre mondiale ont une histoire particulière. Depuis le kilomètre 0, situé à l’actuelle frontière helvético-française, jusqu’au champ de bataille du Hartmannswillerkopf sur les crêtes vosgiennes, le tracé sépare les territoires alsaciens ayant appartenu à l’Allemagne à partir de 1871 d’une bande de territoire conquise par les Français au tout début du conflit, en 1914. Le long de cette démarcation, environ 30 000 soldats ont perdu la vie.

Etoilé au guide vert Michelin

Le Mémorial de Haute-Alsace de Dannemarie, ouvert il y a près d’un an et qui a récemment décroché une étoile au guide vert Michelin, rend compte de la place particulière de l’Alsace et des Alsaciens dans la Grande guerre, et plus encore du destin singulier d’un petit morceau de ce bandeau français « libéré » autour de la ville sundgauvienne. L’Etat français a fait de ce territoire tout à la fois une vitrine et un laboratoire d’expérimentation.

Alexandre Berbett

© DR

« La ville était sous les feux des projecteurs. Il s’agissait de préparer le retour de toute l’Alsace à la France, avec une politique de francisation, des cérémonies patriotiques… L’enseignement du français à l’école débute dès la rentrée de 1914. Mais les administrateurs militaires ont reçu aussi des consignes claires de clémence », explique Alexandre Berbett, l’actuel maire de la commune, historien local membre du comité scientifique lors de la conception du musée.

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© Romain Gascon

Objectif immersion humaine

L’exposition permanente prend place au rez-de-chaussée d’une usine de pliage de fil en briques rouges construite par l’entreprise textile DMC en 1923, transformée en fabrique de munition pendant la 2e Guerre mondiale, puis de machines à coudre Japy et enfin de motocycles Peugeot jusqu’en 2012. Ces 400 m2 déploient une scénographie interactive léchée et efficace, qui s’appuie pour beaucoup sur les parcours et les témoignages humains. Tous les textes sont traduits en allemand et en anglais.

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Les tranchées pédagogiques de l’association les Tranchées oubliées permettent de plonger dans la vie quotidienne des soldats. © Romain Gascon

En entame, la muséographie confronte les deux premières victimes de la Grande guerre sur le front franco-allemand. Le caporal français Peugeot, dont le képi est présenté, et le sous-lieutenant allemand Mayer se sont entretués à moins de 20 kilomètres du Mémorial, à Joncheray dans le Territoire de Belfort, 36 heures avant la déclaration de guerre de l’Allemagne à la France, le 2 août 1914. L’événement est alors instrumentalisé par les propagandes des deux nations ennemies.

« Le Mémorial, ce n’est pas seulement de l’histoire générale, c’est aussi celle des protagonistes qui l’ont vécue. Le visiteur peut suivre l’itinéraire à travers l’Europe du soldat Richert, qui comme 95% des Alsaciens a combattu sous uniforme allemand. Les tranchées pédagogiques de l’association les Tranchées oubliées permettent d’aller plus loin dans l’immersion, en nous plongeant dans la vie quotidienne des soldats », souligne Alexandre Berbett.

Projet de circuit mémoriel

L’exposition permanente et les tranchées sont complétées par des expositions temporaires. En septembre, les cartes postales anciennes laisseront place à la thématique de l’archéologie de la Grande guerre en Alsace, en partenariat avec Archéologie Alsace. Dans ce cadre, un gros plan sera notamment fait sur le Killianstollen, une galerie allemande ensevelie et figée par un bombardement, en 1918. Le site, à une dizaine de kilomètres du Mémorial, n’a livré ses secrets et ses 21 dépouilles qu’en 2011.

Le projet du Mémorial, lancé lors de la précédente mandature, a représenté un investissement de 3,3 millions d’euros HT, financé à moitié par la commune d’un peu plus de 2200 habitants, le reste par des partenaires institutionnels (Union européenne via les fonds Feder et Feader, Etat, Collectivité européenne d’Alsace, Région Grand Est, Conférence du Rhin supérieur). Pour aller vers l’objectif de 25.000 visiteurs annuels, l’équipe de Dannemarie travaille avec l’association du Grand Canon de Zillisheim, à proximité de Mulhouse, afin de rassembler les lieux de mémoire de la 1ère Guerre mondiale du Haut-Rhin dans un circuit thématique.

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