André Corzani, président du groupe Front de Gauche et Républicain du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle

« Le Luxembourg a besoin de voisins qui se portent bien »

Vice-président délégué à l’Aménagement du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle et maire de Joeuf, André Corzani a consigné avec une douzaine d’élus Front de gauche et Républicain un appel à « une juste répartition de la richesse en zone frontalière ».

André Corzani

Avant-même que ne se tienne la conférence intergouvernementale franco-luxembourgeoise, ce mardi 19 octobre, vous évoquiez un rendez-vous raté. Pourquoi ?

Cette conférence s’est tenue parce qu’il fallait en tenir une, avec un ordre du jour fantomatique auxquelles se sont rajoutées in extremis des questions sur la mobilité. Mais la manifestation témoigne d’une déshérence de la volonté politique : les deux parties font en sorte que l’ordre du jour soit le plus léger possible, en restant délibérément éloigné des questions qui se posent sur le terrain. Or, la seule question déterminante, qui peut conduire à une conception moderne et efficace de la coopération, est celle de la compensation fiscale accordée par le Luxembourg aux communes frontalières lorraines.

Comment justifiez-vous cette revendication ?

Les 110.000 frontaliers lorrains vont travailler au Luxembourg ont représenté pour l’Etat français une charge d’environ 12 milliards d’euros de scolarité et de formation. Ils constituent également des charges pour les communes dans lesquelles ils habitent. Ailleurs, ces charges sont compensées par des recettes. Dans le nord lorrain, le Luxembourg vampirise les territoires voisins. Nos communes sont littéralement asséchées et le problème ne cesse de croître. Par exemple, le prix du foncier progresse. Cela peut apparaître comme un atout, mais en réalité, cela conduit certaines catégories de populations à être rejetées de leur propre territoire.

Voici une quinzaine d’années, les élus aujourd’hui regroupés dans le Front de Gauche étaient les seuls à réclamer une compensation fiscale. Ce n’est plus le cas. Une soixantaine d’élus d’intercommunalité de droite et e gauche, le département de Meurthe-et-Moselle, le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux d’Europe,  ou encore, l’association Au-delà des frontières présidée par Dominique Gros, l’ancien maire de Metz,  ont rejoint nos positions.

Pourquoi tous les élus du nord-lorrain ne sont-ils pas sur une même longueur d’ondes ?

Voici une vingtaine d’années, le Luxembourg est apparu aux élus frontaliers comme un pourvoyeur d’emplois alors même que les restructurations minières et sidérurgiques généraient des angoisses. L’hésitation, la réticence à demander une compensation fiscale viennent de là. Ensuite, le refus obstiné du Grand-Duché à reconsidérer son refus a conduit certains élus à estimer qu’un Tiens vaut mieux que deux Tu l’auras. Estimant que la compensation fiscale ne verrait jamais le jour, ils ont préféré raisonner en termes de codéveloppement.

Croyez-vous en la notion de codéveloppement ?

Telle qu’elle est pratiquée, c’est une erreur, une politique à courte vue. Ces élus vont chercher des cofinancements auprès d’élus luxembourgeois certes compréhensifs, mais dont les projets correspondent toujours aux seules attentes du Grand-Duché. Les communes sont incitées à participer à des projets et à des études qui leur coûtent de l’argent à chaque fois, sans jamais de retour sur investissement. Qu’il s’agisse de projet relevant de la culture, du sanitaire du tertiaire, elles travaillent sur des projets imposés.

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