Avec Resilient borders, le projet urbanistique « 3Land » se met d’équerre
Grâce au programme « Resilient borders » de la Commission européenne, l’Eurodistrict trinational de Bâle va mettre à jour d’ici à septembre « 3Land », présenté comme le plus grand projet d’urbanisme transfrontalier d’Europe.

Aux confins de Bâle (S), Huningue (F) et Weil-am-Rhein (D), le laboratoire urbanistique 3Land compte parmi les 19 projets transfrontaliers européens retenus pour participer à Resilient borders. Formalisé en 2015, 3Land veut reconvertir 82 hectares, principalement des terrains industrialo-portuaires riverains du Rhin, pour accueillir à terme 20.000 habitants et de nouvelles activités tertiaires. Avec Resilient borders (Frontières résilientes), la Commission européenne veut faire émerger des méthodes éprouvées pour renforcer la coopération transfrontalière dans l’Union. Le programme met à disposition de 3Land 40.000 euros pour s’offrir une cure de jouvence, d’ici à septembre prochain.

Frédéric Duvinage, directeur de l’Eurodistrict trinational de Bâle. © Julien Kauffmann - ETB
« Le projet 3Land est un projet au long cours, qui a débuté en 2009 et s’étirera jusqu’en 2035-2040. Resilient borders va nous permettre de remobiliser les partenaires et redynamiser le concept urbain en le mettant à jour et en l’approfondissant », explique Frédéric Duvinage, directeur de l’Eurodistrict trinational de Bâle, qui coordonne les partenaires de 3Land.
Défis d’hier et d’aujourd’hui
Depuis la formalisation du concept urbain en 2015, les données ont changé. L’adaptation au changement climatique s’est imposée comme une ligne force, tandis que des perspectives nouvelles sont apparues sur le territoire de près de 600 hectares de 3Land, à l’instar du projet de transformation d’un ancien site de BASF-Novartis.

« Nous devons adapter le concept urbain aux défis d’aujourd’hui. Quels projets fonctionnent, lesquels non, et pourquoi ? Resilient borders donne aux partenaires à la fois les moyens financiers et une deadline, en septembre prochain, pour réaliser un état des lieux et dresser un bilan intermédiaire », explique Judith Lenhart, cheffe de projet 3Land.
Vers un traité d’Etats
Le parc urbain Vis-à-vis, achevé en 2021 au pied de la « Passerelle des 3 pays » entre les rives allemande et française, est à cette heure la grande réalisation concrète de 3Land. A l’été 2022, une étude socio-économique a apporté des arguments à l’appui de la construction d’un nouveau pont dédié aux transports en commun, cette fois entre la Suisse et la France. Pour ce dernier projet, les partenaires de 3Land planchent sur deux gros chantiers : l’harmonisation des procédures techniques et juridiques et la préparation d’un nécessaire traité d’États entre les deux pays.
Réseau européen
« Nous nous inspirons bien sûr de la ligne de tram Strasbourg-Kehl. Mais cela a ses limites, puisque dans notre cas le pont relie la Suisse et la France. Resilient Borders permet d’élargir notre réseau au niveau européen. La Mission opérationnelle transfrontalière [qui cogère Resilient borders avec l’Association des régions frontalières européennes, NDLR] organise des rencontres entre les participants. Un des projets, à Bratislava, est similaire au nôtre. Pourquoi ne pas s’en inspirer ? », note Judith Lenhart.
Les conclusions de l’OCDE au banc d’essai
Resilient borders vise à renforcer l’efficacité de la coopération transfrontalière dans deux domaines, l’aménagement du territoire, comme dans le cas de 3Land, et la gestion de crise. Le programme s’inscrit dans le prolongement d’une étude de l’OCDE sur la gouvernance transfrontalière conduite dans cinq territoires transfrontaliers, dont celui d’Alzette-Belval en Grande Région, parue en décembre dernier.

Jean Peyrony, directeur de la Mission opérationnelle transfrontalière. DR
« Resilient borders veut tester de façon pratique et valider les leçons du rapport de l’OCDE sur 19 territoires européens. La DG Regio [de la Commission européenne, NDLR] espère que cette expérience inspirera la politique de cohésion d’après 2027, ainsi qu’Interreg VII, actuellement en plein débat », explique Jean Peyrony, directeur de la Mission opérationnelle transfrontalière (Mot).
Répliquer les solutions
Ateliers et entretiens entre les partenaires de 3Land et des prestataires vont se succéder les prochains mois. Ils déboucheront sur un rapport, qui sera remis en septembre. « Nous espérons de l’étude flash sur 3Land une grande qualité stratégique », souligne Jean Peyrony. Les résultats de globaux de Resilient borders seront diffusés en novembre, dans l’espoir d’inspirer d’autres territoires transfrontaliers.
© Daniel-Spehr - ETB